Reconstruire…la dernière étape

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5 février 2018

Me faire enlever les seins n'étaient pas au début dans mes plans de vie. Mais quand à 26 ans, j'ai appris que j'avais une masse lors d’un examen de routine pour les gens ayant une prédisposition génétique aux cancers du sein et des ovaires, qu'on appelle aussi le gène BRCA, je me suis dit qu’il s’agissait de la meilleure chose à faire.

Bien sûr, prendre une telle décision n'est pas facile. Pour personne. Cependant, le fait que je ne me sois jamais définie par rapport à mes seins m'a grandement facilité la tâche et heureusement, à aucun moment la perte de ceux-ci n'a été un enjeu pour moi. 

La chirurgie

Je me suis donc assez rapidement retrouvé sur une table d'opération pour y subir une mastectomie. L'opération a comme objectif d'enlever la totalité du tissu mammaire pour tenter d'éliminer tout ce qui demeure favorable au développement des tumeurs et ainsi diminuer de 90 % la probabilité de développer un cancer du sein. Voilà ce qui est le plus important.

Lors de la rencontre pré-opératoire on m’a conseillé de rencontrer un chirurgien plastique pour discuter des options de reconstruction de mes seins afin de vivre avec une poitrine ayant une apparence relativement naturelle. Ce choix, me permettrait également, à terme, de passer à autre chose. De vivre une vie normale et de peut-être ne pas penser constamment à cet épisode éprouvant de ma vie.

Malgré tout, faire un tel choix demande de la patience car il s'agit d'un processus qui se déroule en quelques étapes et qui s'échelonne sur une période d'environ un an. Dans mon cas, il a été convenu que j'aurais une reconstruction totale des seins par prothèse d'expansion. La raison principale est que je n’avais pas suffisamment de tissus adipeux pour utiliser mes propres tissus pour reconstruire des seins et ma poitrine n’était pas assez généreuse pour mettre un implant directement.

Ainsi, pour moi, la première étape aura été effectuée tout juste après la mastectomie, durant la même opération. L'avantage de procéder ainsi est de diminuer le nombre d’interventions nécessaires à la reconstruction. À mon réveil, un pansement recouvrait mes plaies et je n'avais plus de seins, mais sous la peau, le chirurgien avait installé ce qu'on appelle des prothèses d'expansion. Ces prothèses particulières ressemblent à un sac vide de silicone rempli en partie d'eau salée stérile.

Reconstruire mes seins

Alors commence la période de reconstruction mammaire. Pour y arriver, environ trois semaines après l'opération, et ce toutes les deux semaines pendant deux à trois mois, le chirurgien injecte à nouveau de l'eau salée à l'aide d'une seringue et d'une aiguille. L'objectif est de redonner du volume aux seins enlevés et de permettre à la peau de s'étirer petit à petit, et ce, suffisamment pour recevoir les prothèses permanentes par la suite.

Il ne s'agit pas d'une intervention complexe ni très exigeante en termes de temps, outre la fréquence rapprochée des rendez-vous. Par contre, dans mon cas, le processus d’expansion s’est avéré assez douloureux et incommodant. Quant à leur fermeté et à leur apparence actuelle, mes seins, sont assez durs et présentent pour l'instant un espacement différent de ce qui peut paraître totalement naturel. Je dois me montrer patiente, car comme il s’agit d’une chirurgie élective, c’est-à-dire que ma vie n’est pas en danger, l’attente de l’appel pour la salle opératoire est assez long. J'ai aussi perdu la quasi-totalité de mes sensations au niveau de la peau de ma poitrine et je n'ai évidemment plus de mamelons. Chose tout à fait normale après une double mastectomie avec reconstruction par implants.

La prochaine étape consistera en la pose de l'implant permanent, qui se fera lors d'une seconde opération d'un jour sous anesthésie générale. C’est environ six mois après cette autre opération que j’aurai le choix de faire reconstruire ou non des mamelons et aréoles. Je ne sais pas encore. Je verrai si c'est vraiment ce que je veux. Il y a des avantages quand même à ne pas se préoccuper de cacher ses mamelons, ce qui est de mise normalement. Il existe d’autres options comme le tatouage 3D ou les prothèses de mamelon. Il est possible de faire un moule de ses mamelons d’avant la mastectomie, ce qui permet de fabriquer des prothèses identiques à ceux que l’on avait avant.

L'avenir…

Maintenant, je suis toujours dans une phase d’attente. J’attends l’appel pour la chirurgie afin de faire l’échange des implants de silicone. Je suis quelque peu anxieuse à l’idée de subir de nouveau une chirurgie, mais je vois l'avenir avec beaucoup d’optimisme. Je suis encore heureuse du choix que j’ai fait et fière de la façon dont j’ai choisi d’affronter ce diagnostic.

 En apprendre plus sur le conseil génétiqueLes mutations des gènes BRCA expliqué par la société canadienne du cancer

 

Références 

https://rubanrose.org/renseignements-pratiques/reconstruction-mammaire

http://www.chumontreal.qc.ca/patients-et-soins/a-propos-du-chum/le-projet-continuum/science/plastie-la-reconstruction-du-sein/la

http://www.chumontreal.qc.ca/sites/default/files//documents/Votre_sante/PDF/372-1-la-reconstruction-mammaire-avec-prothese.pdf

Cette histoire est basée sur des faits vécus.