Pourquoi donner un stimulant à un enfant excité?

Articles, Science, TDAH

17 avril 2017

En tant que parent d’un enfant soufrant d’un trouble d’hyperactivité, la dernière chose qu’on a envie d’entendre c’est qu’on veut lui donner des stimulants. Vous vous dites sûrement que votre enfant est déjà assez stimulé comme ça. C’est plutôt de calmants dont il aurait besoin! Pourtant, votre médecin ne se trompe pas, les psychostimulants sont les médicaments de première ligne pour le traitement du TDAH chez les enfants[1].

Les différents psychostimulants

Tout d’abord, il est important de savoir que les médicaments de type psychostimulant présentement offerts pour le traitement du TDAH peuvent être constitués d’amphétamine ou de méthylphénidate. Bien que leur effet pharmacologique soit similaire, leur mécanisme d’action diffère quelque peu.

Les psychostimulants à base d’amphétamine contiennent tous un ingrédient actif qui est dérivé de l’amphétamine. Les amphétamines facilitent la relâche de dopamine et de noradrénaline dans la fente entre les neurones appelés synapses, ce qui entraîne une stimulation du système nerveux central (figure 1)[2]. Parmi les médicaments à base d’amphétamine, on retrouve la dextroamphétamine (DEXEDRINE®), les sels mixtes d’amphétamines (ADDERALL XR®) et la lisdexamfétamine (VYVANSE®). Cette dernière est quant à elle une prodrogue, c’est-à-dire qu’elle est inactive lors de son administration et qu’elle doit être activée par des enzymes présentes dans les globules rouges du sang pour être transformée sous forme d’amphétamine[3].

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Figure 1 : L’effet de l’amphétamine sur la relâche de la dopamine dans la fente synaptique.[13]

Les psychostimulants à base de méthylphénidate, dont le CONCERTA®, le RITALIN® et le BIPHENTIN®, sont des inhibiteurs de la recapture de la dopamine et de la noradrénaline. La distinction entre ces trois médicaments varie en fonction de leur durée d’action. En effet, le RITALIN® a une durée d’action plus courte, tandis que le CONCERTA® et le BIPHENTIN® ont une durée d’action plus longue en raison de leur système de libération à action prolongée.[4] Le méthylphénidate augmente le temps que les neurotransmetteurs passent dans les fentes synaptiques, ce qui permet une stimulation du système nerveux central[5]. Contrairement aux amphétamines, il n’augmente pas la relâche de neurotransmetteurs, donc le niveau de dopamine et de noradrénaline reste relativement stable. On donne simplement plus de temps aux neurones pour capter les neurotransmetteurs.

Aide mémoire pour le traitement du TDAH.

Le mécanisme des psychostimulants

Enfin, les psychostimulants, qu’ils soient à base d’amphétamine ou de méthylphénidate, ont comme but d’augmenter le taux de liaison des neurotransmetteurs aux récepteurs post-synaptiques. Cette augmentation améliore la transmission des signaux dans le cortex préfrontal, le striatum et le thalamus.[7] En effet, ces parties du cerveau sont responsables de la mémorisation, de l’apprentissage et de l’attention (figure 2). Elles permettent aussi de faire la distinction entre un comportement approprié et inapproprié[8]. Des études démontrent que dans le cas de patients atteints de TDAH, le cortex préfrontal du cerveau est légèrement sous-développé, ce qui cause une incapacité à garder une attention soutenue et, dans certains cas, un comportement impulsif.[9] Les psychostimulants stimulent le cortex préfrontal en augmentant le taux de catécholamines dans cette région.[10] On permet donc au cerveau de mettre un peu d’ordre dans le chaos qui y règne et de créer des liens entre plusieurs régions qui ne se formaient pas avant la médication[11]. Les enfants ayant un trouble d’hyperactivité ont généralement de la difficulté à stimuler leur cerveau pour accomplir une tâche, c’est pourquoi ils cherchent à stimuler leur cerveau en faisant de l’activité physique. En effet, le cortex préfrontal est aussi responsable des fonctions motrices du corps. Donc en bougeant, les enfants envoient des signaux à leur cerveau activant les régions responsables de l’attention, ce qui leur permet de mieux se concentrer. Les psychostimulants viennent stimuler la même section du cerveau responsable de l’attention.[12]

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Figure 2 : Les fonctions du cortex préfrontal.[14]

Finalement, il n’y a pas d’inquiétude à avoir pour votre enfant, son hyperactivité ne sera pas amplifiée avec la prise de stimulant. Au contraire, il n’aura plus cette nécessité de bouger pour stimuler son cerveau. Toutefois, avec l’aide de votre médecin, vous êtes les mieux placés pour choisir la médication de votre enfant.

 

Sources: 

[1] Canadian ADHD Resource Alliance (CADDRA), Canadian ADHD Practice Guidelines - Full Document, 2011, Site officiel [Site web], consulté le 17 février 2017, http://www.caddra.ca/pdfs/fr_caddraGuidelines2011.pdf

[2] Australian Government Department of Health, Pharmacology of Amphetamine, 2004, Site officiel [Site web], consulté le 17 février 2017, http://www.health.gov.au/internet/publications/publishing.nsf/Content/drugtreat-pubs-modpsy-toc~drugtreat-pubs-modpsy-2~drugtreat-pubs-modpsy-2-3~drugtreat-pubs-modpsy-2-3-pamp

[3]Heal, D.J. et al. Amphetamine, past and present – a pharmacological and clinical perspective, Journal of Psychopharmacology, 27(6) 479–496, 2013.

[4] Canadian ADHD Resource Alliance (CADDRA), Canadian ADHD Practice Guidelines - Full Document, 2011, Site officiel [Site web], consulté le 17 février 2017, http://www.caddra.ca/pdfs/fr_caddraGuidelines2011.pdf

[5] Arnold, L.E. Methylphenidate vs. amphetamine: Comparative review, Journal of Attention Disorders, Vol. 3, p. 200-211, 2000.

[6] Canadian ADHD Resource Alliance (CADDRA), Canadian ADHD Practice Guidelines - Full Document, 2011, Site officiel [Site web], consulté le 17 février 2017, http://www.caddra.ca/pdfs/fr_caddraGuidelines2011.pdf

[7] Wong, C. and Stevens, C., The effects of stimulant medication on working memory functional connectivity in AD/HD, Biological Psychiatry Journal, Vol 71 (5), p.458-466, 2012.

[8] Amsten, A.F.T. Stimulants: Therapeutic Actions in ADHD, Neuropsychopharmacology Vol. 31, p. 2376-2383, 2006.

[9] Spencer T.J. et al., Effect of Psychostimulants on Brain Structure and Function in ADHD: A Qualitative Literature Review of MRI-Based Neuroimaging Studies, J Clin Psychiatry, Vol 74(9), p.902-917, 2013.

[10] Adderall XR, monographie de produit, Shire Pharma Canada ULC, 2015, 40 pages.

[11] Wong, C. and Stevens, C., The effects of stimulant medication on working memory functional connectivity in AD/HD, Biological Psychiatry Journal, Vol 71 (5), p.458-466, 2012.

[12] TDAH, Association Québécoise des Neuropsychologues (AQNP), Hammarenger, B. 2013, Site officiel [Site web], consulté le 17 février 2017, https://aqnp.ca/documentation/developpemental/tdah/

[13] Katzung B.G., Master S.B., Trevor A.J., Basic and Clinical Pharmacology 11th Edition, McGraw-Hill Medical, 2009, 1232 pages

[14] À propos du TDAH : Les causes, TDAH et vous, Shire Pharma Canada, 2016, Site officiel [Site web], consulté le 21 février 2017, http://www.adhdandyou.ca/fr/about.html