Pharmacogénomique, outil de choix pour les familles d’enfants autistes

Depuis la dernière décennie, le nombre de cas d’autisme au Québec a augmenté de manière importante. Selon la Fédération Québécoise de l’Autisme (lien vers le site), 1,4% de la population québécoise est atteinte de ce trouble et plus de 14 000 enfants autistes étudient dans le secteur public (données de 2015-2016), comparativement à un peu plus de 8000 (2010-2011)1, une augmentation de plus de 40%. Cette hausse peut être difficile à gérer en milieu scolaire en raison des nombreuses réformes dans le système scolaire québécois, lesquelles ont engendré des coupes dans le personnel s’occupant notamment des enfants autistes (éducateurs spécialisés, accompagnateurs, autres intervenants, etc.). De plus, selon Autisme Québec, l’autisme touche les garçons environ trois fois plus que les filles (sans distinction d’ethnicité)2. Bien que de nombreux médicaments existent pour atténuer les symptômes des personnes autistes, il peut parfois être ardu de trouver le meilleur traitement qui va offrir le plus de bénéfices et le moins d’effets secondaires possibles. Or, les avancées scientifiques impliquant les analyses génomiques pourraient remédier à cette problématique.

Tout d’abord, il est primordial d’expliquer en quoi consiste l’autisme. Il est à noter que comme la sévérité des cas peuvent énormément varier, il est plus approprié d’utiliser le terme « trouble du spectre de l’autisme » (TSA) pour décrire ce type de désordre neurodéveloppemental. Selon le Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (communément appelé DSM-5), publié en 2013 par l’Association Américaine de Psychiatrie, les TSA se définissent comme étant des troubles complexes regroupant plusieurs sphères, telles que les interactions sociales et la communication interpersonnelle3. Allant de la difficulté lors des interactions avec les autres (difficulté d’approche, communication verbale ou non verbale déficiente, absence d’intérêt envers autrui, etc.) aux motifs de comportements spécifiques à l’autisme (mouvements moteurs/vocaux répétés, inflexibilité face à la routine, intérêt sur des choses très spécifiques, hyper/hyposensibilité, crises violentes), ces troubles apparaissent normalement en bas âge, soit au début du développement social et de l’apprentissage de la communication par l’enfant 4. Les TSA sont souvent associés aux troubles de déficit de l’attention (avec ou sans hyperactivité), communément appelés TDAH, car ces troubles partagent certaines similarités au niveau des symptômes et des mécanismes moléculaires régissant ces maladies 5,6. Selon une étude effectuée en 2016 sur plus de 2 millions d’individus, plus de 15% des enfants autistes sont diagnostiqués avec un TDAH 7.

Bien que les symptômes puissent être gérés par une médication, il peut être difficile de trouver le traitement approprié. En effet, les enfants atteints de TSA ont tendance à établir des routines très rigoureuses au quotidien : le fait de changer de médication plusieurs fois avant de trouver la plus efficace peut leur occasionner une grande anxiété, voire de la détresse. De plus, les enfants autistes peuvent avoir de la difficulté à exprimer leurs émotions relatives aux perceptions, autant de leur environnement que de leur propre personne. Ils ne sont donc possiblement pas en mesure de dire si un médicament leur apporte de réels bénéfices ou si celui-ci leur cause des effets secondaires physiques ou psychologiques. Plus encore, certains enfants autistes sont non-verbaux, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas la capacité d’utiliser le langage parlé pour établir des liens sociaux, ce qui peut rendre l’évaluation de l’efficacité d’un traitement plus ardue.

 

Comment la génétique peut-elle aider à choisir le bon traitement pour son enfant autiste ?

Afin d’éviter d’avoir à essayer de multiples médicaments dans l’espoir d’en trouver un étant le plus adapté aux besoins de la personne autiste, la pharmacogénomique s’avère être un outil de choix 8. En effet, à l’aide d’analyses des variants des gènes codant pour les enzymes impliquées dans le métabolisme des médicaments contre l’autisme, il est possible de choisir un traitement non seulement en fonction des symptômes, mais également de la génétique unique de l’enfant atteint 9. Donc, il est possible, à l’avance, de prédire quels seraient les médicaments qui ne seraient pas efficaces, ainsi que ceux qui pourraient causer des effets secondaires. Par exemple, la rispéridone (Risperidal©) est un médicament de la famille des anti-psychotiques non stimulants qui est fréquemment utilisé en cas de TSA et qui est métabolisé dans le corps par l’enzyme cytochrome P450 de type CYP2D6 10–14. Cette enzyme peut être très active chez un individu (bon métaboliseur - peu d’effets secondaires) ou peu active chez quelqu’un d’autre (mauvais métaboliseur - risques élevés d’effets secondaires)15. Ces différences d’activité enzymatique peuvent être identifiées de manière précise lors d’analyses génétiques des variants au niveau des gènes de l’enfant. De cette manière, le bon médicament offrant la meilleure réponse physiologique pourra être utilisé dès le diagnostic et la routine de l’enfant ne sera pas chamboulée fréquemment au niveau de la médication. Il est à noter que certains enfants autistes sont également atteints d’autres problèmes de santé nécessitant également la prise de médicaments (ex : épilepsie traitée par l’acide valproïque, troubles intestinaux, TDAH)16–19. Les tests de pharmacogénomique aident à minimiser les réactions croisées entre les différentes thérapies 20.

En savoir plus sur la pharmacogénétique

En conclusion, les familles touchées par les troubles du spectre de l’autisme pourraient bénéficier des avancées scientifiques et de l’abondance de données qu’offrent la pharmacogénomique. Ce type de médecine personnalisée permettant de mieux choisir le traitement le plus approprié en fonction du bagage génétique de l’individu atteint, saura outiller autant les médecins que les patients suite à un diagnostic de troubles du spectre de l’autisme.

 

Nadia Nouasria

Étudiante à la maîtrise en biochimie, Nadia est une passionnée de sciences ! Que ce soit la génétique, la biologie moléculaire ou la médecine,  elle aime se tenir au courant des plus récentes découvertes scientifiques. Ayant déjà oeuvré en recherche, elle a un intérêt particulier pour le développement de nouveaux médicaments et de la compréhension de la réponse à leur consommation.  Elle veut donc partager une partie de son savoir dans ses articles et, surtout, être en constant apprentissage dans le domaine de la pharmacogénétique.


Références

  1. Fédération Québécoise de l’Autisme. L’autisme en chiffres. http://www.autisme.qc.ca/tsa/lautisme-en-chiffres.html (2017).
  2. Autisme Québec, . L’autisme et les TSA. http://autismequebec.org/fr/l-autisme-et-les-tsa/9 (2018).
  3. American Association of Psychiatry. Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders - DSM-V. (2013).
  4. McPartland, J. C., Reichow, B. & Volkmar, F. R. Sensitivity and specificity of proposed DSM-5 diagnostic criteria for autism spectrum disorder Running Head: DSM-5 ASD. J. Am. Acad. Child Adolesc. Psychiatry 51, 368–383 (2013).
  5. Schmitzer, A. R., Lépine, F. & Pelletier, J. N. Combinatorial exploration of the catalytic site of a drug-resistant dihydrofolate reductase: creating alternative functional configurations. Protein Eng. Des. Sel. 17, 809–19 (2004).
  6. Sprenger, L. et al. Impact of ADHD symptoms on autism spectrum disorder symptom severity. Res. Dev. Disabil. 34, 3545–3552 (2013).
  7. Supekar, K., Iyer, T. & Menon, V. The influence of sex and age on prevalence rates of comorbid conditions in autism. Autism Res. 10, 778–789 (2017).
  8. McMahon, F. J. & Insel, T. R. Pharmacogenomics and Personalized Medicine in Neuropsychiatry. Neuron 74, 773–776 (2012).
  9. Brown, J. T., Eum, S., Cook, E. H. & Bishop, J. R. Pharmacogenomics of autism spectrum disorder. Pharmacogenomics 18, 403–414 (2017).
  10. Haven, N. et al. Risperidone in children with autism and serious behavioral problems. N. Engl. J. Med. 347, 314–321 (2002).
  11. Spina, E. & Leon, J. De. Clinical applications of CYP genotyping in psychiatry. J. Neural Transm. 122, 5–28 (2015).
  12. Leclerc, S. & Easley, D. Pharmacological Therapies for Autism Spectrum Disorder : A Review. Pahrmacy Ther. 40, 389–397 (2015).
  13. Defilippis, B. M. & Wagner, K. D. Treatment of Autism Spectrum Disorder in Children and Adolescents. Psychopharmacol. Bull. 46, 18–41 (2016).
  14. Canitano, R. Mood Stabilizers in Children and Adolescents With Autism Spectrum Disorders. Clin. Neuropharmacol. 38, (2015).
  15. Thümmler, S. et al. Pharmacoresistant Severe Mental Health Disorders in Children and Adolescents: Functional Abnormalities of Cytochrome P450 2D6. Front. Psychiatry 9, 1–5 (2018).
  16. Unterecker, S. et al. Interaction of valproic acid and the antidepressant drugs doxepin and venlafaxine: analysis of therapeutic drug monitoring data under naturalistic conditions. Int. Clin. Psychopharmacol. 29, (2014).
  17. Doenyas, C. Gut Microbiota, Inflammation, and Probiotics on Neural Development in Autism Spectrum Disorder. Neuroscience 374, 271–286 (2018).
  18. Fiorentino, M. et al. Blood-brain barrier and intestinal epithelial barrier alterations in autism spectrum disorders. Mol. Autism 7, 1–17 (2016).
  19. Zhu, M.-M. et al. The pharmacogenomics of valproic acid. J. Hum. Genet. 62, 1009–1014 (2017).
  20. Accordino, R. E., Kidd, C., Politte, L. C., Henry, C. A. & McDougle, C. J. Psychopharmacological interventions in autism spectrum disorder. Expert Opin. Pharmacother. 17, 937–952 (2016).