Est-ce que j’ai les mutations génétiques pour le cancer du sein?

Articles, Cancer, Santé

25 septembre 2017

Depuis les dernières années, le cancer est considéré comme l’un des pires fléaux de la médecine. L’apparition de cette maladie, pouvant frapper n’importe qui à n’importe quel stade de sa vie, est basée sur un phénomène touchant les brins d’ADN contenu dans nos cellules, soit les mutations de l’ADN causant des dérèglements cellulaires. Bien que la plupart des mutations peuvent se faire de manière silencieuse dans les longues régions non codantes de l’ADN (donc peu ou pas d’influence sur le fonctionnement de la cellule), il arrive que ce sont des gènes importants qui soient mutés 1,2. Que ce soit de manière sporadique (mutations spontanées), environnementale (causé par des substances chimiques exogènes) ou héréditaire, les mutations de l’ADN peuvent avoir des conséquences importantes menant à la formation de tumeurs3.

Article : Les causes du cancer

Notamment, il existe des mutations génétiques, dites héréditaires, qui se transmettent d’une génération à l’autre et qui peuvent augmenter les risques de développer un cancer. L’exemple le plus connu, particulièrement depuis les dernières années en raison d’Angelina Jolie qui en est atteinte, est la mutation sur les gènes BRCA-1 et BRCA-2 (Breast cancer gene 1 and 2) 4. En effet, ce sont des gènes qui permettent la synthèse des protéines BRCA 1 et 2. Ces protéines sont impliquées dans de nombreux processus cellulaires5. Notamment, elles participent au processus cellulaire de réparation par recombinaison homologue des bris d’ADN, lesquels ont le potentiel de causer d’importants dommages à la cellule 6,7. Lorsque l’ADN se brise dans une cellule et qu’il n’est pas correctement réparé, il devient très instable, ce qui peut causer la mort cellulaire ou sa transformation en cellule cancéreuse qui prolifère de manière effrénée et désordonnée 8,9. BRCA 1 et 2 sont donc considérés comme des suppresseurs de tumeurs, car ils empêchent les cassures dévastatrices de l’ADN.

Dans le cas des personnes ayant des mutations héréditaires aux gènes BRCA-1 et BRCA-2, les mécanismes de réparation de l’ADN sont déficients, ce qui augmente considérablement la possibilité de développer un cancer 7. Dans ce cas précis, les mutations de BRCA-1 et BRCA-2 influencent directement l’incidence des cancers du sein, et des ovaires chez la femme, ainsi que des cancers du sein et de la prostate chez l’homme 5,10. Pourquoi ces types de cancers ont-ils une plus grande prévalence chez les porteurs des mutations de BRCA-1 et BRCA-2? Ce sont des cancers étant reliés aux hormones sexuelles, notamment les oestrogènes. Il y a, en effet, un lien de synergie entre les protéines BRCA-1 et 2 et les oestrogènes, ce qui fait en sorte que les organes les plus touchés par le cancer héréditaire sont ceux qui directement liés à hormones 11. Notamment, les cellules du sein, des ovaires et de la prostate sont plus susceptibles de former des tumeurs chez les patients atteints des mutations de BRCA-1 et 2 que chez la population normale12–14.Il est à noter que ces mutations augmentent de 20 à 80% les risques de développer ces risques de cancers.

En conclusion, les mutations de l’ADN, qu’elles soient acquises de manière héréditaire ou sporadique, ont le potentiel de causer la transformation des cellules saines en cellules cancéreuses. Heureusement, dans la plupart des cas, les mutations peuvent être corrigées dans la cellule, mais la possibilité qu’un cancer en émerge demeure présente. Lorsque de nombreux cancers sont présents dans une famille et que ceux-ci frappent à un âge relativement jeune, il est recommandé d’effectuer un conseil génétique afin d’évaluer s’il y a des risques d’être porteur d’une mutation dans un des nombreux gènes (dont BRCA-1 et 2) actuellement identifiés qui sont associé à une prédisposition au cancer et donc héréditaire. Cette consultation peut permettre de prendre sa santé en main avant que le cancer ne puisse faire ses ravages et d’ainsi diminuer les chances de développer cette maladie. Informez-vous ici.

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Nadia Nouasria

Étudiante à la maîtrise en biochimie, Nadia est une passionnée de sciences ! Que ce soit la génétique, la biologie moléculaire ou la médecine,  elle aime se tenir au courant des plus récentes découvertes scientifiques. Ayant déjà oeuvré en recherche, elle a un intérêt particulier pour le développement de nouveaux médicaments et de la compréhension de la réponse à leur consommation.  Elle veut donc partager une partie de son savoir dans ses articles et, surtout, être en constant apprentissage dans le domaine de la pharmacogénétique.

 

Références : 

  1. Ludwig, M. Z. Functional evolution of noncoding DNA. Curr. Opin. Genet. Dev. 12, 634–639 (2002).
  2. Castillo-davis, C. I. The evolution of noncoding DNA : how much junk , how much func ? Trends Genet. 21, 533–536 (2005).
  3. Chan, S. H. & Ngeow, J. Germline mutation contribution to chromosomal instability. Endocr. Relat. Cancer 24, (2012).
  4. King, M. et al. Breast and Ovarian Cancer Risks Due to Inherited Mutations in BRCA1 and BRCA2. Science (80-. ). 302, 643–647 (2003).
  5. Meindl, A., Ditsch, N., Kast, K., Rhiem, K. & Schmutzler, R. K. Hereditary Breast and Ovarian Cancer. Dtsch. Arztebl. Int. 108, 323–330 (2011).
  6. Nickoloff, J. A., Jones, D., Lee, S., Williamson, E. A. & Hromas, R. Drugging the Cancers Addicted to DNA Repair. J. Natl. Cancer Inst. 109, 1–13 (2017).
  7. Tacconi, E. M. C. et al. BRCA 1 and BRCA 2 tumor suppressors protect against endogenous acetaldehyde toxicity. EMBO Mol. Med. EPUB, 1–17 (2017).
  8. Murai, J. Targeting DNA repair and replication stress in the treatment of ovarian cancer. Int. J. Clin. Oncol. 22, 619–628 (2017).
  9. Felice, F. De, Marampon, F., Musella, A. & Marchetti, C. Defective DNA repair mechanisms in prostate cancer : impact of olaparib. Drug Des. Devel. Ther. 11, 547–552 (2017).
  10. Deshmukh, D. & Qiu, Y. Role of PARP-1 in prostate cancer. Am. J. Clin. Exp. Urol. 3, 1–12 (2015).
  11. Wang, L. & Di, L. BRCA1 And Estrogen / Estrogen Receptor In Breast Cancer : Where They Interact ? Int. J. Biol. Sci. 10, 566–575 (2014).
  12. Horvath, L. G. et al. Loss of Estrogen Receptor-Beta Expression in Prostate Cancer. Cancer Res. 61, 5331–5335 (2001).
  13. Couse, J. F., Lindzey, J., Grandien, K. A. J., Gustafsson, J.-åke & Korach, K. S. Tissue Distribution and Quantitative Analysis of Estrogen Receptor-Alpha (ER- Alpha) and Estrogen Receptor-Beta (ER-Beta) Messenger Ribonucleic Acid in the Wild-Type and ER -Knockout Mouse. Endocrinology 138, 4613–4621 (1997).
  14. Hess, R. A. Estrogen in the adult male reproductive tract : A review. Reporductive Biol. Endocrinol. 14, 1–14 (2003).