L’influence du mode de vie sur la réponse aux médicaments

            La manière dont le corps réagit à une médication dépend de plusieurs facteurs. Certes, la génétique fait en sorte que nous avons tous une réponse unique aux médicaments, mais il y a également une autre dimension à considérer. Il s’agit des habitudes de vie qui peuvent avoir un impact sur l’efficacité d’une thérapie médicamenteuse chez un individu.

            Tout d’abord, l’alimentation et la prise de certains suppléments peuvent moduler la manière dont un médicament peut être assimilé par le corps. L’exemple le plus connu de ce phénomène est le jus de pamplemousse. En effet, cet agrume, tout comme les clémentines, contient des molécules dites furanocoumarines, lesquelles bloquent l’action de certaines enzymes hépatiques impliquées dans le métabolisme des médicaments, soient les CYP (cytochromes P450)1. Notamment, la fonction de CYP3A4, une enzyme permettant de métaboliser de nombreux composés pharmaceutiques, est inhibée lors de la consommation de jus de pamplemousse, ce qui fait en sorte que le médicament s’accumule de façon anormale dans le corps 2. Ceci peut donc être comparable à la prise d’une dose trop élevée du médicament. Par exemple, la warfarine (anticoagulant sanguin), lorsqu’elle est présente en quantité trop élevée dans le sang, peut être à l’origine d’hémorragies pouvant être très dangereuses 3. Dans un même ordre d’idées, le moût de l’herbe de St-Jean, une infusion à base de la plante Hypericum perforatum, est souvent consommé pour ses vertus médicinales 4. Cependant, il s’agit d’un inducteur du CYP3A4, c’est-à-dire qu’il rend cette enzyme plus active 5,6. Les médicaments sont donc métabolisés beaucoup plus rapidement, ce qui est observable par des concentrations plus faibles en médicaments, comme si la dose prise était plus faible que celle réellement consommée. Le taxol et le tamoxifène (utilisés en chimiothérapie contre certains cancers), étant métabolisés par CYP3A4, seraient donc présents en plus faibles quantités dans le corps chez un patient traité avec ceux-ci, ce qui pourrait diminuer l’efficacité du traitement contre la progression de tumeurs 7,8.

            De plus, le tabagisme est un aspect du quotidien de plusieurs personnes qui peut avoir des effets indésirables lors de la prise de médicaments. La consommation chronique de tabac vient augmenter l’action d’un autre cytochrome, soit le CYP1A2, lequel est impliqué lors de la prise de médicaments anti-psychotiques (ex : clozapine et halopéridol) 9,10. De cette manière, la concentration de ces médicaments est généralement plus faible dans le corps et les doses données ne sont donc pas assez puissantes pour atténuer les symptômes des troubles mentaux ciblés.

            La prise régulière d’alcool, que ce soit en petite ou en grande quantité, est à proscrire lors d’une thérapie médicamenteuse, car cela vient diminuer l’efficacité de certains cytochromes, tout en induisant d’autres. Par exemple, le CYP2E1 (métabolisme du paracétamol, connu sous le nom de Tylenol™) est plus actif et métabolise plus rapidement les composés lors de la consommation d’alcool 11,12. Cependant, le métabolisme du paracétamol engendre la formation d’un composé très toxique, le NAPQ1, qui doit rapidement être éliminé par le corps 13. En présence d’alcool dans le corps, il y a donc plus de NAPQ1 qui est formé, ce qui peut malheureusement causer des dommages au foie (voire de l’insuffisance hépatique, pouvant être fatale), comparable à une consommation trop élevée de paracétamol, même une surdose. C’est pour cela qu’il est fréquemment indiqué de ne pas consommer d’alcool pendant la prise de médicaments. 

Article: Démystifier la pharmacogénétique.

            En conclusion, il est important de bien suivre les directives émises par votre médecin et votre pharmacien concernant les interactions avec les médicaments afin que le traitement soit le plus efficace et sécuritaire possible.

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Nadia Nouasria

Étudiante à la maîtrise en biochimie, Nadia est une passionnée de sciences ! Que ce soit la génétique, la biologie moléculaire ou la médecine,  elle aime se tenir au courant des plus récentes découvertes scientifiques. Ayant déjà oeuvré en recherche, elle a un intérêt particulier pour le développement de nouveaux médicaments et de la compréhension de la réponse à leur consommation.  Elle veut donc partager une partie de son savoir dans ses articles et, surtout, être en constant apprentissage dans le domaine de la pharmacogénétique.

 

Références : 

  1. Theile, D. et al. Clementine juice has the potential for drug interactions – In vitro comparison with grapefruit and mandarin juice. Eur. J. Pharm. Sci. 97, 247–256 (2017).
  2. Paine, M. F., Criss, A. B. & Watkins, P. B. Two Major Grapefruit Juice Components Differ in Time to Onset of Intestinal CYP3A4 Inhibition. J. Pharmacol. Exp. Ther. 312, 1151–1160 (2005).
  3. Leonard, J., Laurence, F. & Howes, G. Drug Interactions of Direct-Acting Oral Anticoagulants. Drug Saf. 39, 841–845 (2016).
  4. Jon, E. & Lee, D. Pharmacokinetic interactions of drugs with St John’s wort. J. Psychopharmacol. 18, 262–276 (2004).
  5. Sprouse, A. A. & Breemen, R. B. Van. Pharmacokinetic Interactions between Drugs and Botanical Dietary Supplements. Drug Metab. Dispos. 44, 162–171 (2016).
  6. Johne, A. et al. Pharmacokinetic interaction of digoxin with an herbal extract from St John’s wort. Clin. Pharmacol. Ther. 66, 338–345 (1999).
  7. Stage, T. B., Bergmann, T. K. & Kroetz, D. L. Clinical Pharmacokinetics of Paclitaxel Monotherapy: An Updated Literature Review. Clin. Pharmacokinet. (Epub), (2017).
  8. Binkhorst, L., Mathijssen, R. H. J., Jager, A. & Gelder, T. Van. Individualization of tamoxifen therapy : Much more than just CYP2D6. Cancer Treat. Rev. 41, 289–299 (2015).
  9. Spina, E. & Leon, J. De. Clinical applications of CYP genotyping in psychiatry. J. Neural Transm. 122, 5–28 (2015).
  10. Babu, S., Koramannil R, Saradalekshmi Indu V, N., Chandrasekharan, N. & Banerjee, M. Pharmacoepigenomic responses of antipsychotic drugs on pharmacogenes are likely to be modulated by miRNAs. Epigenomics 9, 811–821 (2017).
  11. Na, S. et al. The induction of cytochrome P450 2E1 by ethanol leads to the loss of synaptic proteins via PPAR α down-regulation. Toxicology 385, 18–27 (2017).
  12. Yuan, J. et al. Ferulic acid attenuated acetaminophen-induced hepatotoxicity though down-regulating the cytochrome P 2E1 and inhibiting toll-like receptor 4 signaling-mediated inflammation in mice. Am. J. Transl. Res. 8, 4205–4214 (2016).
  13. Mund, M. E., Quarcoo, D., Gyo, C., Brüggmann, D. & Groneberg, D. a. Paracetamol as a toxic substance for children: aspects of legislation in selected countries. J. Occup. Med. Toxicol. 10, 43 (2015).