Le Jeûne intermittent

Articles, Alimentation

25 février 2019

Le jeûne est un sujet en vogue en nutrition. Que ce soit les jeûnes intermittents ou les cures de durées variables, le concept est le même: briser le quotidien alimentaire en se privant de manger pour une durée de temps déterminée. Alors que certains jeûnent pour perdre du poids, d’autres y verront des bénéfices au-delà de la gestion du poids. Les adeptes diront que ce type de régime permet de brûler plus de graisses, ou qu’il mène à des changements bénéfiques au niveau du métabolisme. Regardons ce que la science nous révèle sur le jeûne.

 

Les types de jeûne

La plupart des diètes de jeûne impliquent de restreindre son apport alimentaire pendant une période allant de plusieurs heures à quelques jours, suivi de périodes sans restriction alimentaire. Par exemple, le concept de la diète 5:2 implique de s’alimenter normalement pendant 5 jours, puis se restreindre à environ un quart de nos besoins en calories les deux autres jours de la semaine. Un autre exemple, la diète 16:8, implique de condenser sa prise alimentaire pendant 8 heures, puis de jeûner pour les 16 heures restantes de la journée [1].

 

Est-ce que ça peut tenir?

L'un des plus grands problèmes avec ce type de « régime », c’est le taux d’abandon qui est habituellement assez haut. En effet, il est difficile de s'imaginer adopter un mode de vie dans lequel on saute régulièrement des repas alors que notre entourage, lui, continue de manger normalement. Cela ne donne pas l'impression d'avoir une alimentation normale, saine ou même équilibrée. Il n'est donc pas étonnant qu'il soit difficile de se complaire à ce type de régime. Dans les études consultées, le taux d’abandon pouvait aller jusqu’à 65%. Ceci dit, une revue de littérature a révélé que le taux d’abandon pour ce type de régime ne serait pas différent du taux d’abandon pour les régimes plus traditionnels [2]. La crainte qu'après un jeûne, les gens compensent les calories en moins en allant plus vers l'excès a également été émise. Toutefois, cela n'a pas été démontré dans les recherches [2].

 

La perte de poids

Les revues de littérature ont révélé de façon consistante que le jeûne intermittent ne permettait pas une plus grande perte de poids qu'une alimentation restreinte en calories maintenue en continu [2, 3, 5]. Ces résultats concordent avec ceux d'une étude conduite auprès de cent individus obèses, qui a démontré le même phénomène non seulement après 6 mois de régime, mais également un an plus tard, alors que les participants des deux groupes avaient repris une bonne partie du poids perdu [4]. De plus, les adeptes du jeûne pour la perte de poids suggèrent que le jeûne pourrait permettre de perdre plus de masse grasse, parce que le corps aurait tendance à tirer son énergie de celles-ci lorsque les calories ne sont pas fournies par les aliments. Or, une revue de littérature révèle que la perte de masse grasse serait aussi grande avec le jeûne intermittent qu’avec les diètes restreintes en calories [2].


Les autres bénéfices

Le jeûne est également proposé par les adeptes comme étant bénéfique pour contrôler la pression artérielle, les taux de cholestérol, le taux de sucre, l’inflammation et le stress oxydatif (stress associé à des dommages sur les tissus). Certains suggèrent même que le jeûne pourrait réduire les risques de cancer et augmenter la longévité, ce qui aurait été démontré chez les rongeurs [5].

 

Alors que chez les animaux, les études se sont montrées plus prometteuses, les études conduites sur les humains n'ont pas su démontrer un tel effet [6, 7]. En fait, les études observant les effets du jeûne sur la santé métabolique et cardiovasculaire sont encore peu nombreuses et assez contradictoires. Certaines données suggèrent tout de même que le jeûne intermittent pourrait mener à une réduction du mauvais cholestérol, mais il est clair qu’il faut davantage de recherche à ce sujet [8]. Jusqu’à maintenant, le jeûne ne semble pas offrir d’avantage par rapport aux régimes qui consistent à restreindre la prise alimentaire de façon continue [1, 2, 4, 5,].  

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Il semblerait donc que le jeûne intermittent s’apparente aux approches plus traditionnelles au niveau de la perte de poids, avec une perte à court terme qui est plus difficile à maintenir à long terme. Le manque d’études conduites à long terme nous empêche d’affirmer que le jeûne est une méthode efficace à long terme. Il est aussi évident qu’il faut davantage de recherche avant de pouvoir affirmer que le jeûne a non seulement des effets bénéfiques pour la santé, mais aussi que celui-ci est sans risque pour tout le monde.

 

Catherine Vézina

Nutritionniste

Fière représentante de la nouvelle génération de nutritionnistes, Catherine met à profit ses connaissances théoriques et pratiques pour conseiller judicieusement les patients de BiogeniQ. Elle veille notamment à leur expliquer leur résultat au test de nutrigénomique, en prenant soin de mettre celui-ci en perspective avec leurs habitudes de vie. Elle rédige également des articles et d’autres contenus portant sur la nutrition.

 

Références

  1. https://www.hsph.harvard.edu/nutritionsource/healthy-weight/diet-reviews/intermittent-fasting/
  2. Seimon RV, Roekenes JA, Zibellini J, Zhu B, Gibson AA, Hills AP, Wood RE, King NA, Byrne NM, Sainsbury A. Do intermittent diets provide physiological benefits over continuous diets for weight loss? A systematic review of clinical trials. Mol Cell Endocrinol. 2015 Dec 15;418:153-72
  3. Harris, L., McGarty, A., Hutchison, L., Ells, L., and Hankey, C. (2018) Short‐term intermittent energy restriction interventions for weight management: a systematic review and meta‐analysis. Obesity Reviews, 19: 1–13. doi: 10.1111/obr.12593.
  4. Trepanowski JF, Kroeger CM, Barnosky A, et al. Effect of Alternate-Day Fasting on Weight Loss, Weight Maintenance, and Cardioprotection Among Metabolically Healthy Obese Adults A Randomized Clinical Trial. JAMA Intern Med. 2017;177(7):930–938. doi:10.1001/jamainternmed.2017.0936
  5. Patterson, R. E., Laughlin, G. A., Sears, D. D., LaCroix, A. Z., Marinac, C., Gallo, L. C., … Villaseñor, A. (2015). INTERMITTENT FASTING AND HUMAN METABOLIC HEALTH. Journal of the Academy of Nutrition and Dietetics, 115(8), 1203–1212. http://doi.org/10.1016/j.jand.2015.02.018
  6. https://www.health.harvard.edu/heart-health/not-so-fast-pros-and-cons-of-the-newest-diet-trend 
  7. http://www.extenso.org/article/le-jeune-purifie-l-organisme/
  8. Benjamin D Horne, Joseph B Muhlestein, Jeffrey L Anderson; Health effects of intermittent fasting: hormesis or harm? A systematic review, The American Journal of Clinical Nutrition, Volume 102, Issue 2, 1 August 2015, Pages 464–470, https://doi-org.proxy3.library.mcgill.ca/10.3945/ajcn.115.10955