Choisir…de se faire enlever les seins

Articles, Cancer

16 octobre 2017

Apprendre qu'on est porteuse d'une prédisposition génétique aux cancers du sein et des ovaires, qu'on appelle aussi le gène BRCA, ce n'est pas banal dans une vie. Mais quand en plus, lors d'un premier examen de routine on détecte une très petite masse sur mon sein droit, pour moi la question ne se pose déjà plus. Je décide alors, presque sur-le-champ, à 26ans, de me faire enlever les deux seins. Par prévention, par précaution, afin de me donner toutes les chances de ne pas développer la maladie un jour.

Lire le premier article concernant mon histoire

Je me suis donc mise à chercher le meilleur chirurgien possible, en qui j'aurais une totale confiance. J'ai demandé des références. C'était primordial pour moi de trouver le bon allié, le bon partenaire dans cette aventure. Car même si je n'ai pas la maladie, la chirurgie en tant que telle n'est pas banale et les conséquences sont quand même importantes.

L'opération

Au cours de l'opération, le chirurgien doit tenter d'enlever la totalité du tissu mammaire, là où le terrain se trouve favorable au développement des tumeurs. Avec une telle intervention, la probabilité de développer le cancer du sein se trouve diminuée de 90 %. Ainsi, pour moi cette décision se confirme et s'impose, car même si un faible risque demeure, l'opération marque une première étape afin de prévenir l'installation de la préoccupation constante de développer ce cancer un jour.

Pour ce qui est de la chirurgie en tant que telle, elle s'est bien déroulée. J'ai pris le temps de bien me renseigner et m'étais aussi bien préparée qu'il m'était possible de le faire. L'équipe chirurgicale a su répondre à mes questions malgré le peu de temps disponible avec chaque spécialiste. Une fois l'appel reçu pour la chirurgie, il y a peu de temps pour se préparer. L'opération, en deux étapes, a duré entre quatre et cinq heures. La première étape était le retrait du tissu mammaire et la deuxième consistait au début de la reconstruction mammaire. À mon réveil, j'avais un pansement qui recouvrait mes plaies et je n'avais plus de seins. La place prise par les pansements donnait presque l'impression d'avoir encore le même volume que mon ancienne poitrine. J'avais des tubes, qu'on appelle des drains, reliés à mes plaies dans le but d'empêcher les liquides de s'accumuler dans mon corps, ce qui s'avère tout à fait normal après une telle intervention.

Je suis allée demeurer chez mes parents pour les deux premières semaines de ma convalescence et ne pas rester seule durant cette période. Bien sûr, j'ai eu de la douleur, mais j'ai fais exactement ce qu'on m'avait suggéré, soit de bien manger et de faire une série d'exercices régulièrement afin de regagner de la souplesse et reprendre des forces dans mes bras. Ainsi, tout s'est bien passé.

La planification

Le plus dur à vivre aura certainement été la période avant la chirurgie. D'abord, on ne connais la date de l'opération qu'une semaine avant. Outre le fait d'éviter l'alcool, le tabac, l'aspirine et les anti-inflammatoires, il y a peu de choses à faire avant l'opération. Par contre, j'ai dû m'organiser, et ce, rapidement. Comme je suis travailleuse autonome dans le domaine de la santé, des collègues de travail ont dû accepter de traiter mes patients durant ma convalescence. Cette convalescence qui m'a gardée douze semaines loin de ma vie professionnelle, soit quatre semaines de plus que la norme à cause de la nature physique de mon travail. Malgré toute la bonne volonté, il demeure difficile de se préparer à ce type d'épreuve. Ne serait-ce qu'en ce qui a trait aux finances.

J'ai aussi eu beaucoup de questionnement au sujet des assurances. Il est rare à mon âge, en début de carrière comme moi, qu'on pense avoir besoin d'une grande couverture en cas de pépin de santé. Ça complique les choses pour les assureurs que je sois porteuse de ce gène, même si j'ai fais le choix de me faire opérer et de minimiser de façon très importante mes risques de développer la maladie, ils ne sont pas très ouvert, et c'est vraiment dommage. Heureusement, avec la nouvelle Loi sur la discrimination génétique, d'autres n'auront pas à subir les mêmes problèmes que j'ai rencontrés. Ceci dit, j'ai la chance d'avoir une famille extraordinaire qui m'a accompagnée durant cette épreuve et qui m'a très bien entourée afin de ne pas avoir trop de soucis financiers durant tous les moments de repos que la mastectomie et la reconstruction nécessitent.

Information sur la loi sur la discrimination génétique

Voir le bon côté des choses

À aucun moment la perte de mes seins n'a été un enjeu pour moi. Je comprends que pour certaines personnes ce puisse être le cas, mais jamais je ne me suis définie par rapport à mes seins. Ce fait a sans doute facilité mon choix que fut la mastectomie. Même aujourd'hui, maintenant que je suis à l'étape de la reconstruction, je ne me sens pas triste d'avoir perdu mes seins, si ce n'est que j'ai hâte que toutes les étapes soient passées et que cette épreuve soit derrière moi.

Ayant beaucoup d'humour et peu de pudeur sur le sujet, je m'amuse beaucoup à faire des blagues à ce propos. C'est tellement positif. Tout va bien et je peux enfin envisager un avenir sans vivre avec un constant rappel de la fatalité de développer cette maladie au niveau de mes seins. La vie est belle et je veux en profiter pleinement, et à fond.

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References : 

http://www.passeportsante.net/fr/Actualites/Dossiers/DossierComplexe.aspx?doc=mastectomie-preventive-le-choix-de-la-mastectomie

http://www.cancer.ca/fr-ca/cancer-information/cancer-type/breast/treatment/surgery/?region=qc

https://rubanrose.org/cancer-du-sein/traitements/chirurgie-mastectomie-totale-partielle

http://laws-lois.justice.gc.ca/fra/lois/G-2.5/index.html