Le TDAH démystifié par la science

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10 août 2016

On a tous déjà entendu « Le TDAH c’est juste une mode ! », « C’est de la faute des parents, ils manquent d’autorité ! », « S’il voulait, il pourrait ! Il est juste paresseux ! ». Aujourd'hui je vais prendre quelques minutes de votre temps pour vous prouver scientifiquement que le TDAH (trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité) est un vrai trouble neurologique. Pour les autres qui n’ont pas de stéréotypes de ce genre, je vais me contenter d’essayer de combler votre curiosité scientifique.

Premièrement, on estime que 6 à 9 % des enfants et 4 % des adultes en souffrent1. Ces gens sont plus susceptibles de souffrir de dépression, de trouble d’humeur, d’anxiété et de trouble du sommeil.

La cause exacte du TDAH n’est pas encore connue avec certitude, mais les études récentes pointent vers un déséquilibre du taux de certains neurotransmetteurs. En plus simple, la quantité de messagers chimiques dans le cerveau d’une personne atteinte de TDAH n’est pas la même que chez une personne sans TDAH. Ces messagers sont des substances libérées par les cellules du cerveau (neurones) pour envoyer un message aux autres cellules, c’est ce qui stimule les cellules du cerveau. La dopamine et la noradrénaline sont les deux messagers les plus affectés. La dopamine joue un rôle dans le contrôle de la motricité tandis que la noradrénaline influence l’attention, les émotions, le sommeil et l’apprentissage2.

Figure 1 brain activity areas of memory and concentration of a child with ADHD with a normal childUne étude à analyser l’activité cérébrale de certaines zones du cerveau de plusieurs enfants atteints du TDAH et de plusieurs enfants normaux pendant qu’ils réalisaient une tâche qui leur demandait de la mémoire et de la concentration. La figure ci-contre montre les résultats obtenus, la colonne de gauche représente les enfants TDAH, celle du centre les enfants normaux et la colonne de droite la différence3. On remarque qu’il y a moins d’activité dans ces zones dans le cerveau d’un enfant TDAH que dans celui d’un enfant sans TDAH. Il faut comprendre que les zones analysées sont seulement celles reliées à la mémoire et à la concentration, deux facultés normalement peu développées chez un enfant atteint du TDAH. En analysant toute l’activité cérébrale, le résultat serait différent. Cette étude démontre ainsi que le cerveau d’un enfant TDAH réagit différemment dans ce genre de tâche, donc à l’école par exemple.

Des différences dans la maturation du cerveau ont aussi été observées. Des études ont démontré que la maturation du cerveau d’un enfant atteint du TDAH est retardée de 3 ans par rapport à un enfant normal. Sur l’image ci-dessous on voit l’évolution d’un cerveau TDAH (la ligne du haut) par rapport à un cerveau normal (la ligne du bas), de l’âge de 7 ans jusqu'à 13 ans4. Plus la couleur sur l’image est foncée, et plus le cortex cérébral de l’enfant est épais. Le cortex est un tissu qui recouvre le cerveau et qui participe entre autres au langage, à la motricité, à la sensibilité et à la mémoire5. Ainsi plus le cortex est mature (épais) et plus ses fonctions sont développées.

Typically developing controls

L’hérédité est un facteur important de prévalence du TDAH. En effet, la transmissibilité héréditaire ou l’influence génétique du TDAH est d’environ 70-80 %6. Ainsi, si un des parents souffre de TDAH, les chances qu’un ou plusieurs de ces enfants en souffre aussi sont élevées.

Comprendre les tests génétiques pour le TDAH

J’espère que ceux qui avaient encore des idées préconçues à propos du TDAH comprennent maintenant qu’il s’agit d’un vrai trouble. Un trouble difficile à vivre pour la personne qui en souffre et pour son entourage. En terminant, petit fait amusant, saviez-vous que l’on retrouve plusieurs cas de TDAH parmi les plus grands génies créatifs de l’histoire ? Albert Einstein (scientifique), Beethoven (compositeur), Jim Carey (acteur), Michael Jordan (athlète) et Steve Jobs (entrepreneur), pour ne nommer que ceux-ci, ont vécu ou vivent avec le TDAH. Avoir le TDAH ne signifie pas qu’on ne peut pas réussir dans la vie !

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Jasmine Corriveau,

Stagiaire en génie biotechnologique - BiogeniQ

Références

1 TDA/H Belgique, (sans date), L’impact des traitements chez l’adulte atteint du TDAH et de dépendance aux substances, Site officiel [site Web], consulté le 26 juillet 2016, http://tdah.be/site/ADULTES/impactdependanceadulte.pdf

2 Le cerveau à tous les niveaux Université McGill, (sans date), La synapse et les neurotransmetteurs, Site officiel [site Web], consulté le 26 juillet 2016, http://lecerveau.mcgill.ca/flash/i/i_01/i_01_m/i_01_m_ana/i_01_m_ana.html

3 Massat I, Slama H, Kavec M, et al. Working Memory-Related Functional Brain Patterns in Never Medicated Children with ADHD. Soriano-Mas C, ed. PLoS ONE. 2012;7(11):e49392. doi:10.1371/journal.pone.0049392.

4 National Institute of Mental Health (novembre 2007), Brain Matures a Few Years Late in ADHD, But Follows Normal Pattern, Site officiel [site Web], consulté le 26 juillet 2016, http://www.nimh.nih.gov/news/science-news/2007/brain- matures-a- few-years- late-in- adhd-but-

follows-normal- pattern.shtml

5 Larousse (sans date), Cortex cérébral, Site officiel [site Web], consulté le 26 juillet 2016, http://www.larousse.fr/encyclopedie/medical/cortex_cérébral/12205

6 Franke B, Faraone SV, Asherson P, et al. The genetics of attention deficit/hyperactivity disorder in adults, a review. Molecular Psychiatry. 2012;17(10):960-987. doi:10.1038/mp.2011.138.